Qu'est-ce qu'un earn-out et pourquoi l'utiliser
L'earn-out est un complément de prix conditionné à la performance future de la cible, payé 12 à 36 mois après le closing. Il résout l'asymétrie d'information entre cédant (optimiste sur ses prévisions) et acheteur (prudent). Selon l'Argos Index, 38 % des deals PME européens en 2024 intégraient un earn-out, contre 22 % en 2015. Le mécanisme permet de boucler des deals qui seraient autrement bloqués sur le prix.
Les 5 indicateurs les plus utilisés
Choisir l'indicateur est la décision la plus structurante. Les plus courants :
EBITDA (60 % des cas)
Reflet de la rentabilité opérationnelle. Avantages : capture à la fois croissance et marges. Piège : manipulable par coupes CapEx/marketing à court terme. Toujours définir un EBITDA 'normé' avec :
- Exclusion des éléments exceptionnels
- CapEx minimum contractuel
- Politique de rémunération dirigeant bloquée
- Règles comptables figées (pas de changement IFRS/Belge)
Chiffre d'affaires (20 % des cas)
Utile quand la cible est en croissance hyper-scale (SaaS, startup). Avantage : non-manipulable. Risque : le cédant peut pousser le CA au détriment des marges. À assortir d'un plancher de marge brute.
KPI opérationnels (10 %)
ARR pour SaaS, nombre de patients pour médical, tickets vendus pour e-commerce. Convient aux transitions courtes 6-12 mois.
Contribution marginale / marge brute (5 %)
Compromis CA/EBITDA. Moins manipulable que l'EBITDA.
Obtention de contrats spécifiques (5 %)
Earn-out 'milestone' : versement conditionné à la signature d'un contrat X avec le client Y. Simple à auditer mais tout ou rien.
Durée et calendrier de versement
Durée typique : 12 à 36 mois après le closing. Au-delà de 36 mois, les conflits d'interprétation explosent et la motivation du cédant s'érode.
Structure recommandée pour un earn-out de 500 k€ sur 3 ans :
- Année 1 : 150 k€ (paliers 80-100-120-150 k€ selon EBITDA atteint entre 80 % et 110 % du budget)
- Année 2 : 200 k€ (même logique)
- Année 3 : 150 k€ (éventuellement fixe si EBITDA cumulé > seuil)
Règle d'or : un earn-out ne doit jamais dépasser 30 % du prix total, sinon le cédant oriente ses décisions en fonction du paiement plutôt que de l'intérêt de l'entreprise.
Les clauses juridiques essentielles du SPA
- Définition précise de l'indicateur : formule de calcul + annexe avec exemples chiffrés
- Règles comptables gelées : référentiel, méthodes, politique d'amortissement, provisions
- Droits d'information de l'acheteur : accès mensuel aux reportings
- Droit d'audit du cédant : expert indépendant à sa charge ou partagée
- Mécanisme de résolution des litiges : expert comptable neutre désigné par le bâtonnier, délai 60 jours, décision opposable
- **Plafond (*cap*) et plancher (*floor*)** du earn-out
- Interactions avec GAP : l'acheteur peut-il compenser une garantie avec un earn-out à venir ?
- Dispositions anti-dilution : si l'acheteur fait une acquisition pendant la période, neutraliser son impact
- Protection en cas de revente de la cible pendant la période earn-out
Fiscalité de l'earn-out en Belgique
Côté cédant :
- Si cédant personne physique avec exonération de plus-value (gestion normale patrimoine privé), l'earn-out conserve généralement la même qualification fiscale (exonération). Attention : le fisc peut requalifier en revenu divers (33 %) si la structure laisse penser à une rémunération de services futurs.
- Si cédant société : earn-out taxé en plus-value à l'IS (25 %, régime RDT selon conditions).
Côté acheteur :
- L'earn-out est comptabilisé en prix d'acquisition (goodwill), amortissable en asset deal. En share deal, non déductible fiscalement à l'IS.
- Impôt de sortie : si l'earn-out est versé après départ du cédant à l'étranger, attention à la retenue à la source et aux conventions préventives.
Les 4 pièges qui transforment l'earn-out en contentieux
- Définir l'EBITDA sans préciser les retraitements : ouvre la porte à 10 interprétations différentes
- Laisser le cédant totalement autonome : l'acheteur doit pouvoir *au minimum* valider les décisions > 50 k€
- Oublier les synergies : si l'acheteur restructure, l'EBITDA explose — au bénéfice du cédant. Prévoir une clause *carve-out* sur les effets de synergies
- Pas de mécanisme de résolution rapide : sans expert neutre contractualisé, litige en tribunal de l'entreprise = 18 mois de procédure
Exemple chiffré : deal de 3,5 M€ avec earn-out
Structure type observée sur une PME de services :
- Prix cash au closing : 2,5 M€ (71 %)
- Crédit vendeur : 500 k€ sur 4 ans à 4 % (14 %)
- Earn-out : 500 k€ sur 2 ans (14 %)
- Si EBITDA An1 ≥ 650 k€ : 150 k€
- Si EBITDA An1 ≥ 700 k€ (budget) : 250 k€
- Si EBITDA An2 ≥ 750 k€ : 250 k€
- Plafond cumulé : 500 k€
Ce mécanisme aligne les intérêts et permet au cédant de capturer l'upside s'il accompagne une transition réussie.
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